La marine marchande

Ile de France le Saint-Bernard de l'atlantique

Sauvetage des passagers de l'Andréa Doria abordé par le Stockholm

 

Le 25 juillet 1956 au matin, le paquebot Île de France de la Compagnie Générale Transatlantique accosté au pier 88 de New York, s’apprête pour son voyage retour vers l’Europe.

Le temps est au beau mais le commandant Raoul De Beaudéan s’attend à trouver de la brume sur sa route, au large de l’île de Nantucket.

Le paquebot Stockholm de la compagnie Suédoise Swenska America Linien, accosté non loin du pier de la Transat, appareillera peu après l’Île de France et fera route vers Copenhague avec 534 passagers et 200 membres d’équipage.

22h00, à bord de l’Île de France, le lieutenant de quart informe le commandant qu’ils sont dans la brume, les machines sont sur  »attention », la corne de brume est en action, les portes étanches sont fermées.

L’Andréa Doria, de la compagnie Italia, est dans cette même brume opaque. Il avait quitté Gênes le 17 juillet, avec1134 passagers à son bord. A 22h20, sa position était à un mille au sud du bateau-feu de Nantucket. Vingt-cinq minute plus tard, le lieutenant de quart distingue sur l’écran radar un bateau venant en sens inverse par tribord, les deux routes sont parallèles. Il n’était pas identifié, le commandant pensait que ce pouvait être un chalutier ou un petit bâtiment

Au même moment, le lieutenant de quart à bord du Stockholm aperçoit, sur son écran radar, un navire à la distance de 12 milles, à gauche de l’avant. A la passerelle des deux paquebots, il n’y avait pas d’inquiétude, il n’était pas rare de croiser d’autres navires, la route de l’Atlantique nord étant très fréquentée. A 23h06, à bord du Stockholm, le veilleur du nid de pie annonça: Des feux par bâbord!

A bord de l’Andréa Doria, le veilleur placé à l’étrave annonça par téléphone: Je vois des feux sur ma droite! La collision se produisit à 23h10.

L’avant du Stockholm pénétra, sur tribord, à l’arrière de la passerelle, dans la coque de l’Andréa Doria malgré les manœuvres pour l’éviter. Des milliers de tonnes d’eau entraient par la brèche ouverte d’environ 12 mètres de large, le paquebot s’inclina fortement sur tribord.d’environ 20 degrés.

Le commandant Calamai craignant que son navire sombra rapidement ordonna de mettre les embarcations à la mer mais celles de bâbord restèrent sur leurs bossoirs. Ils ne restaient plus que les huit canots de tribord qui pouvaient embarquer environ 1000 personnes, il y avait à bord 1706 passagers et membres d’équipage. Le commandant Calamai décida d’envoyer un S.O.S pour demander assistance.

23h30 sur l’Île de France, le chef radio informe le commandant qu’il a reçu le signal de détresse du Doria qui réclame une aide immédiate; Le paquebot italien est à quarante-quatre milles du paquebot français. D’autres navires se portaient à son secours mais il avait besoin d’un grand nombre d’embarcations. Le commandant De Beaudéan décida de faire demi-tour et demanda à la machine de donner la vitesse maximum. Il ordonna aussitôt de disposer de onze canots dont une vedette. Le médecin du bord fut chargé de prendre ses dispositions à l’infirmerie. Le commissaire organisa son service pour accueillir les naufragés.

Le Stockholm avait réussi à se dégager de l’Andréa Doria mais demeurait mouillé par ses chaînes d’ancre à environ deux milles du groupe formé autour du Doria.

A l’approche du Doria, le commandant De Baudéan fit éclairer toutes les lumières, les projecteurs faisaient ressortir les couleurs rouge et noir des deux cheminées, entre celles-ci le nom du navire. Cinq minutes après avoir stoppé, le premier canot fut mis à l’eau suivi des dix autres. Lorsque les embarcations de l’Île de France se présentèrent, les haut-parleurs donnèrent pour la première fois l’ordre d’évacuer le paquebot. Les passagers s’affalaient par les aussières dans les canots. Chaque embarcations pouvaient contenir environs 90 personnes, elles firent plusieurs navettes, les marins épuisés cédaient leur place à des camarades empressés à les relever. Plus de 160 armèrent ainsi les onze canots au cours de la nuit. Les canots débarquaient les naufragés par la portelone tribord, ils étaient pour la plupart à moitié nus, déchaussés et transis. Ils étaient soignés, réconfortés, couverts tant bien que mal, certains recueillis par des passagers dans leur propre cabine ou sur des chaises longues du pont promenade couvert. Il y avait quelques blessés, dirigés vers l’hôpital du bord.

A la levée du jour, l’épave semble déserte, l’Andréa Doria accuse une gite importante, les canots rentrent à vide. Une douzaine d’officiers et de marins sont encore à bord. La décision d’abandonner le navire fut prise mais le commandant Calamai voulait rester à son bord. Ce n’est qu’à la demande pressante de ses officiers qu’il accepta de les rejoindre dans le dernier canot qui s’éloigna peu après 05h30.

A 06h00, la dernière embarcation de l’Île de France retrouva son bossoir et le paquebot fit route vers New York. Il décrivit un grand cercle pour passer près de l’Andréa Doria et le salua par trois coups prolongés de sirène, en guise d’adieu.

A 10h09 le 26 juillet 1956, onze heures après l’abordage, l’Andréa Doria disparu de la surface de l’océan Atlantique. Sur les 1706 personnes qui se trouvaient à son bord, 1662 furent sauvées.

Le Stockholm recueillit 234 des 572 hommes d’équipage plus 311 passagers. L’Île de France ramena 177 marins et 576 passagers. Les autres navires présents sur les lieux du naufrage recueillir 364 rescapés. 44 personnes coulèrent avec le paquebot. Le Stockholm avait perdu 4 hommes d’équipage tués lors de la collision ou succombés à leur blessures. Ils étaient logés à l’avant du paquebot.

La remontée de l’Hudson par l’Ile de France jusqu’au pier 88 sera saluée par un concert de sirènes, une réception comparable à son arrivée lors du voyage inaugural trente-deux ans plus tôt.

Le débarquement des naufragés terminé, l’Île de France reprendra sa traversée vers Le Havre. Le commandant De Beaudéan choisira une route plus courte pour réduire son retard. Il accostera à 02h00 dans la nuit du jeudi 2 août.

Au cours de l’escale, lors d’une cérémonie, le commandant De Beaudéan recevra la croix d’officier de la Légion d’honneur et Monsieur Roger Duveau sous-secrétaire d’Etat à la Marine marchande remettra des médailles de sauvetage et du Mérite maritime aux officiers et marins qui avaient participé au sauvetage ainsi que 118 témoignages officiels de satisfaction. Le paquebot qui avait déjà la croix de guerre 39/45 recevra également à titre exceptionnel, la croix de chevalier du Mérite maritime.

Sources: Le drame de l’Andréa Doria, Alvin Moscow. Service à la mer, Raoul de Baudéan. Articles de journaux. Photo collection personnelle (auteur non connu)