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Un marin de la Marine marchande dans la tourmente

 

JEGOU Albert

Matelot maître d'hôtel

 

Jean-Baptiste COLBERT, secrétaire d’Etat à la Marine du Roi Louis XIV en 1668, développa la Marine marchande. L’Edit de Nancy, du 22 septembre 1673, met au point l’enrôlement des gens de mer ( l'inscription maritime) pour subvenir au besoin en personnel de la Marine Royale. La Marine Marchande est la réserve où la flotte de guerre puise ses équipages. L’Inscription maritime sera supprimée par la loi du 9 juillet 1965, qui réorganise le service national.

En 1939, le service militaire est de deux ans, en juillet mon père Albert, âgé de vingt ans, est alors appelé sous les drapeaux . J'avais eu connaissance de son embarquement sur le contre-torpilleur "Jaguar" et le torpillage de " la Bourrasque" à Dunkerque en mai/juin 1940, j'ai voulu en savoir plus. Cette page est le fruit de mes recherches concernant cette période, vécue par mon père, marin de la Marine marchande. Les témoignages de François SCORNET matelot maître d'hôtel du "Jaguar" et d'Olivier BOSCHER, quartier maître sur le torpilleur "Siroco", m'ont été utiles. Ils ont tous deux, éprouvé les mêmes événements. Le livre "Dunkerque" écrit par Hervé CRAS le médecin du "Jaguar", retrace toute cette période jusqu'à l'évacuation de la ville. Il m'a servi de trame pour ce récit.

 

 

 

Le service militaire - La drôle de guerre

Septembre 1939 - Mai 1940

Albert a effectué son dernier embarquement avant son départ pour le service militaire sur le cargo "San Francisco" de la Transat. Il est débarqué le 13 novembre 1938. De la classe 1939 et a été appelé le 20 juillet 1939. Il est arrivé à BREST le 26 juillet au 2ème dépôt. Il y retrouve un copain de Plouézoc'h, François SCORNET qui l'avait précédé de quelques jours.

Le 2ème dépôt des équipages de la flotte est le nom officiel de la caserne des marins, elle a aussi été appelée " La Cayenne " en raison de son utilisation pour loger des colons de retour de Kourou. Elle était située dans le quartier de Recouvrance et surplombait les bassins de Pontaniou sur la rive droite de la Penfeld, construite de 1766 à 1767, rehaussée de deux étages de 1842 à 1845, elle a été détruite par les bombardements de 1942/43. Un jardin public l'a en partie remplacé mais son environnement est resté identique, les bombes ayant épargnées les habitations des rues Jean Bart et de Pontaniou. Au 2ème dépôt séjournaient les marins en attente d'affectation, les jeunes recrues inscrits maritimes et les engagés volontaires pour le métier de la marine de guerre. On pouvait y loger 3200 marins.

L'incorporation.

A leur arrivée, les nouveaux marins sont visités par le médecin major, vaccinés, incorporés et habillés. Au dépôt, le groupe des recrues composé d'officiers et d'instructeurs spéciaux s'occupe de l'incorporation des nouveaux matelots et leur donnent les premières notions d'instruction militaire et de formation maritime. La formalité de l'incorporation comprend pour chacun l'attribution d'un numéro matricule puis l'ouverture à son nom des trois documents suivants : Un livret de solde, un livret matricule et un livret médical.

A l'incorporation Albert s'était vu attribué un premier n° matricule, 123 L 39, sans doute parce qu'il avait été inscrit maritime à Vannes qui dépendait de Lorient et le définitif 4363 B 39 puisqu'il avait été inscrit ensuite à Morlaix qui dépendait de Brest. Ce numéro matricule est composé d'un numéro d'admission suivi d'une, deux ou trois lettres pour le nom du bureau maritime de recrutement et un numéro de deux chiffres qui indique l'année d'admission.

On entre au service dans la marine comme :

A) Apprenti marin pour les élèves des écoles professionnelles .

B) Matelot breveté de 1ère, 2ème ou 3ème classe pour les hommes ayant acquis lors de leur incorporation un brevet de spécialité.

C) Matelot de 1ère classe sans spécialité pour les recrues de toute provenance titulaires du certificat de préparation au service de la flotte.

D) Matelot de 2ème classe sans spécialité pour tous ceux n'appartenant pas aux catégories ci-dessus.

Le 26 juillet, à son arrivée au groupe des recrues Albert a été classé matelot de 2ème classe non breveté.

Obtention d'une spécialité.

Le nouveau marin peut obtenir une spécialité soit directement à la suite d'un examen, soit après avoir suivi un cours dans une école de spécialité.

Examen direct. A l'incorporation , les brevets suivants peuvent être délivrés à ceux qui en font la demande et qui sont reconnus aptes à la suite d'un examen direct ou d'un essai.

Le brevet provisoire (BP un galon rouge en haut de la manche gauche) est délivré pour les spécialités de : gabier, charpentier, mécanicien, mécanicien d'aéronautique, chauffeur, électricien, radio télégraphiste, torpilleur, armurier, clairon, infirmier, transfiliste. Les brevetés provisoires peuvent recevoir, ultérieurement le brevet élémentaire d'office.

Le brevet élémentaire (BE un galon rouge en bas de chaque manche) est délivré pour les spécialités de : Tailleur, cordonnier, Boulanger, maître d'hôtel, cuisinier, fourrier, commis au vivres.

Sur les conseils de son oncle Constant Renault (barman sur le Normandie) Albert avait choisi la spécialité de Maître d'hôtel, fonction qu'il avait occupé sur le Jumièges de la compagnie Worms. Il a suivi sa formation marine de maître d'hôtel avec François SCORNET au cercle naval et a été nommé le 9 octobre matelot de 2ème classe maître d'hôtel avec la note 16.(1)

L'insigne de spécialité du personnel commissariat est la feuille d 'acanthe

 

Samedi 2 septembre 1939, l'ordre de mobilisation générale est apposé dans toutes les mairie de France

Dimanche 3 septembre 1939, alors qu'il est encore au 2ème dépôt, la guerre est déclarée contre l'Allemagne. Le télégramme de l'amirauté tombe à 17 h 00. Le 9 novembre, il est embarqué à BREST sur le contre-torpilleur "Jaguar" où une fois de plus il a été précédé par François SCORNET.

Ruban du Jaguar

Contre torpilleur Jaguar 23 mai 1939

Le Jaguar fait alors partie de la 2ème Division des contre-torpilleurs avec Le Léopard et La Panthère appartenant aux Forces navales de la 2ème Région. Dans les derniers jours du mois d'août, ils ont pris leur effectif complet du temps de guerre.

Effectif complet du temps de guerre.

12 Officiers.

209 hommes dont 33 officiers-mariniers et 176 quartiers-maîtres et matelots.

8 officiers de vaisseau

1 capitaine de frégate : C.F Adam

1 capitaine de corvette : C.C Micheau

2 lieutenant de vaisseau : chefs des services artillerie et armes sous-marines. L.V Milliau(off. Canonnier) L.V de la Porte des vaux

4 enseignes de vaisseau : E.V Dodat (chef de la défense C.A).E.V Dubuisson. E.V Ballan. E.V de 2ème classe Emeury

3 ingénieurs mécaniciens : 1 I.M de 1ère classe chef du service machine. 2 I.M de 2ème classe. J. Schaerer.

1 médecin de 2ème Classe : Hervé Cras

 

A l'époque existait aussi le corps des Officiers des équipages. Ils n'étaient pas issus de l'école navale mais sortis du rang .

Les galons étaient garnis de parements de velour bleu-marine.

La hiérarchie des officiers des équipages de la flotte, dont le corps a été mis en extinction par la loi n° 69-1138 du 20 décembre 1969, comportait les grades suivants :

Officiers subalternes : Officier de 2e classe ; Officier de 1ère classe ;

Officiers supérieurs : Officier principal ; Officier en chef.

Ces grades correspondaient respectivement à ceux d'enseigne de vaisseau de 1ère classe, de lieutenant de vaisseau, de capitaine de corvette et de capitaine de frégate.

Le Jaguar est doté des emménagements des bâtiments susceptibles de porter la marque d'un contre-amiral. Des logements sont prévus pour l'officier général et un état-major de quatre officiers, dont un officier supérieur.

Caractéristiques.(2) Longueur : 119,700 . Largeur : 11,332. Déplacement : 2400 t.

Un poste d'équipage

Compartimentage : Le Jaguar possède onze cloisons étanches délimitant douze tranches.

 

Les emménagements des officiers mariniers et de l'équipage sont situés à l'avant dans les tranches de A à D, sur 2 ponts : au pont principal le poste de l'équipage et au pont des logements les postes des maîtres et seconds-maître. L'hôpital et la salle de visite sont à bâbord au pont principal dans la tranche D. La cuisine des officiers mariniers se situe au pont principal devant la cheminée avant, celle de l'équipage et la boulangerie entre la cheminée avant et la cheminée milieu. Les cuisines du commandant et des officiers sont situées derrière la cheminée arrière. Les compartiments machine sont situés au centre du navire dans les tranches E à I,

Le commandant et les officiers sont logés à l'arrière dans les tranches J à L au pont des logements La situation des logements est visible sur la photographie du bâtiment par le positionnement des hublots.

Le bloc passerelle est situé au niveau de la tranche D. au pont de la teugue. On y trouve la buanderie, le bureau des fourriers, une chambre d'officier, la chambre de l'officier du chiffre et la cabine T.S.F. Au pont supérieur sont situés, l'abri de navigation, la timonerie et la chambre des cartes, la chambre de veille commandant.

Formalité d'embarquement.

Le premier contact du marin en arrivant à bord est le BSI, bureau du service intérieur où il donne au secrétaire sa feuille de destination et fournit tous les renseignements, pendant ce temps le capitaine d'arme est prévenu. Celui-ci s'assure tout d'abord que l'homme à mangé puis lui indique une armoire dans laquelle il ramassera provisoirement ses effets. S'il est tard il recevra un hamac et on lui indiquera un endroit où il pourra le crocher. Le commandant en second sera prévenu le plus tôt possible et d'après les renseignements qui lui seront communiqués affectera le nouvel embarqué à un service et lui donnera un numéro.

François SCORNET avait été accueilli à la coupée du Jaguar par le quartier maître fusilier Roger LE CORRE qu'il connaissait, grâce à lui il avait été placé comme maître d'hôtel au poste des maîtres. Il aurait bien voulu qu'Albert obtienne le même poste que lui mais ils n'auraient pas été dans la même bordée et n'auraient pas été permissionnaires en même temps. Pour être bâbordais, Albert a donc été affecté au poste des seconds-maîtres et logeait avec eux.

Organisation du bâtiment.

Le bâtiment est commandé par le capitaine de frégate ADAM, qui a autorité sur tout le bord. Le capitaine de corvette MICHEAU, commandant en second dirige l'entraînement du personnel de tous les services. Sur les bâtiments où il est officier supérieur l'officier en second prend le titre de commandant en second. Le chef du service intérieur s'occupe des détails du service journalier et dirige le service sécurité. Les chefs de service s'occupent chacun d'un service de spécialité. Chaque homme est sous les ordres d'un officier chef de service secondé éventuellement par des officiers en sous-ordres. A l'intérieur de chaque service un maître est chargé des officiers-mariniers. A la mer il y a en permanence un officier de quart à la passerelle. Il représente le commandant et donne à sa place à tous les services, tous les ordres nécessaires pour la bonne marche du bâtiment.

Numérotation de l'équipage.

Afin de faciliter les appels, un numéro de 3 ou 4 chiffres est affecté à chaque homme de l'équipage. Le chiffre des mille (numéro à 4 chiffres ou celui des centaine numéro à 3 chiffres est le numéro de la section à laquelle l'homme appartient. Ce chiffre est pair pour les bâbordais et impair pour les tribordais. Le chiffre des dizaine caractérise sa spécialité.

Ce chiffre est 0 pour les canonniers.

1 pour les fusiliers et clairon.

2 pour les manœuvriers, timoniers, radiotélégraphistes.

3 pour les torpilleurs, électriciens, charpentiers.

4 pour les chauffeurs.

6 pour les fourriers, secrétaires militaires, commis, boulangers, cuisiniers, maître d'hôtel, tailleurs, infirmiers, cordonniers, musiciens.

7 pour les aides du service machine.

8 et 9 pour les aviateurs, matelots de pont et passagers.

Le poste que doit occuper chaque hommes dans les diverses éventualités de la vie du bâtiment lui est assigné par un rôle. Les rôles sont : Le rôle de veille, de combat (DCA au mouillage), sécurité, fermeture des portes étanches, de manœuvre, de mise à terre du corps de débarquement, de plats (compagnie de couchage et caissons), de propreté, d'embarcations, d'embarquement du charbon, d'incendie hors du bord , de rôle d'évacuation.

Le rôle d'Albert au poste de combat était servant au canon de 130 mm milieu et François à l'extrême avant.

*Tableau de service, Jours ouvrables.

(6) 05h 50 - Branle bas

05h 55 - Petit déjeuner

06h 15 - Dernière rentrée des permissionnaires

06h 30 - Appel plage arrière

06h 35 - Poste de propreté, sport

07h 15 - Dégagé du poste de propreté, poste d'entretien

07h 30 - Fin de la séance de sport

08h 00 - Cérémonie des couleurs

09h 10 - Pause casse-croûte

09h 30 - Remise au travail

11h 00 - Déjeuner pour les 1ère, 2ème, 3ème Cie

12h 00 - Remise au travail pour le personnel ayant déjeuné à 11h 00

12h 05 - Déjeuner pour le restant du personnel

13h 00 - Remise au travail pour le personnel ayant déjeuner à 12h 00

16h 15 - Dégagé du poste d'entretien - appel de l'équipe d'intervention

16h 30 - Permissionnaires

17h 00 - Dîner pour les rationnaires

18h 45 - Appel du personnel de service et des hommes punis

19h 00 - Dîner pour le restant du personnel

23h 00 - Extinction des feux

La spécialité de maître d'hôtel. (5)

La spécialité de maître d'hôtel fournit le personnel qui assure le service des tables et carrés sur les bâtiments, des cercles et mess dans les services à terre. Les maîtres d'hôtel font partis du service commissariat. Ils possèdent l'instruction 4 et doivent connaître les principes généraux de la vie courante à bord et du métier militaire qui sont exposés dans le manuel des recrues. Comme tout le personnel embarqué, les maîtres d'hôtel ont des fonctions bien définies à remplir, en dehors de leur métier propre, dans certaines circonstance de la vie du bâtiment. Il doit concilier les exigences de son service particulier avec l'entraînement militaire de l'équipage. Il participe donc à tous les mouvements généraux de l'équipage se rapportant à la préparation du bâtiment au combat (rappels aux postes de combat pour exercice, aux poste de sécurité, ect). La préparation militaire du bâtiment prime le service des tables et carrés. L'emploi du temps des maîtres d'hôtel est réglé par un tableau de service spécial établi par le président de carré qui fixe la répartition des maîtres d'hôtel dans les différents tiers et règle ainsi leurs descentes à terre.

Les officiers avec lesquels les maîtres d'hôtel ont des rapports de service fréquents sont :

1° Le président de carré. 2° Le chef de gamelle. 3° Le capitaine de leur compagnie pour tout ce qui se rapporte aux demandes d'habillement, inspections de sacs, solde, permissions, etc. Les différentes tables qui peuvent exister à bord d'un bâtiment sont : 1° La table de l'Amiral ou du Commandant.

2° La table des officiers supérieurs. Si le nombre des officiers supérieurs est inférieur à trois, ou si les installations matérielles du bord ne permettent pas de constituer une table séparée pour les officiers supérieurs, ils sont admis à la table du commandant.

3° La table des officiers subalternes.

4° La table des aspirants.

5° La table des maîtres.

6° La table des seconds-maîtres.

Définitions. Les locaux réservés aux officiers pour prendre leur repas et pour leurs distractions sont appelés " carrés ".

Le mot " carré " est souvent employé comme synonyme du mot table et représente, dans ce cas, l'ensemble des officiers faisant partie d'une table.

Les locaux réservés, aux officiers- mariniers sont appelés " postes ".

Emploi du temps journalier d'un maître d'hôtel.

Le travail journalier du maître d'hôtel est réglé en tenant compte :

a. Des exercices auxquels il doit participer.

b. Des exercices auxquels participent certains membres de la table.

c. Du nombre d'invités éventuels ;

d. Des menus prévus pour chaque repas.

e. Des courses à l'extérieur pour la table.

f. Des travaux d'entretien périodiques à faire.

Dès le branle bas, le maître d'hôtel fait sa toilette et revêt une tenue soignée. Ensuite il doit :

1° Préparer la table pour le petit déjeuner ;

2° Servir le petit déjeuner.

3° Desservir et laver les tasses et couverts.

4° Procéder au nettoyage et à la mise en ordre du carré, à la remise en place du matériel ayant servi au petit déjeuner.

5° Nettoyage et rangement de l'office.

6° Rédaction du menu. Commande à la cambuse.

7° Vérifier que salières, moutardiers, sont propres et remplis.

8° Préparer et dresser les hors-d'œuvre

9° Préparer la table pour le déjeuner

10° Servir le déjeuner. Préparer et servir le café

11° Desservir la table. Mise en ordre du carré

12° Déjeuner (1)

13° Laver la vaisselle et la ranger dans les buffets

14° Procéder aux travaux d'entretien

15° Préparer la table pour le dîner

16° Servir le dîner

17° Desservir. Mise en ordre du carré

18° Dîner (1)

19° Laver la vaisselle et la ranger

20° A la mer, préparer et disposer la table pour que les officiers quittant le quart puissent prendre un léger repas de nuit.

 

 

 

 

 

(1) Lorsque les maîtres d'hôtel sont assez nombreux, il y a intérêt a ce qu'ils prennent leur repas partie avant, partie après les membres d'une table, de façon qu'un certain nombre d'entre eux soit toujours disponible.

Disposition à prendre en cas d'appareillage ou d'école à feu.

1° Appareillage. Avant l'appareillage, les maître d'hôtel vérifient l'arrimage de la vaisselle et prennent toutes dispositions pour éviter la casse. En outre, si le temps est mauvais, ne pas oublier de mettre en place les " violons " ou autres appareils servant à empêcher les couverts de partir au roulis.

2° Ecole à feu. Démonter les globes électriques, ampoules, glaces et vérifier l'arrimage de la vaisselle et de la verrerie. Fermer hublots, tapes, claires-voies.

3° Appareillage en temps de guerre. Fermer hublots, tapes, claires-voies. Vérifier que les extincteurs sont en place. Vérifier le coffre à médicaments du carré (infirmerie annexe).

La 2ème Division des Contre-Torpilleurs

Ces bâtiments sont employés de septembre à octobre 39 sur les bancs de Flandre. Le Jaguar assure du 19 au 21 octobre la couverture du mouillage des réseaux d'écoute microphoniques anglais. Rentré à BOULOGNE le 24 il y est abordé dans la nuit du 28 au 29 par un cargo anglais qui lui cause des avaries importantes aux hélices et aux œuvres mortes. Il est escorté jusqu'à BREST par La Panthère, les deux bâtiments y parviennent le 31 octobre. Le Jaguar est aussitôt remorqué à l'arsenal.

Les routes commerciales de l'Atlantique sont exposées, surtout, à la menace sous-marine allemande. Les alliés vont généraliser le système des convois escortés par des bâtiments dotés de moyens modernes de lutte sous-marine. Les contre-torpilleurs de 2400 tonnes, progressivement équipés d'appareils d'écoute sous-marine sont désormais affectés en priorité aux escortes des convois britanniques reliant GIBRALTAR au Royaume-Uni. En principe, chaque mission consiste à aller relever dans l'ouest de BREST l'escorte anglaise des convois OG (sigle pour Outbound, GIBRALTAR), route au sud. Après avoir largement évité les côtes hispano-portugaises, les convois font route à l'est, vers GIBRALTAR, où se forme le convoi HG (Homebound, GIBRALTAR) suivant. Après un séjour de quelques heures à quelques jours, on effectue le parcours inverse jusqu'au parallèle 47° Nord. Relevés par les destroyers des Western Approaches, les contre-torpilleurs rallient alors BREST, où s'achève la rotation qui dure une quinzaine de jours en tout. Le Jaguar a effectué 2 rotations. Le 10 décembre, Le Jaguar achève ses réparations à BREST. Le 12 décembre il appareille pour sa première rotation.

Rotation 1.

OG 10 :

HG 12 :

58 bâtiments. Séjour à GIBRALTAR 18 au 24/12-39.

48 bâtiments rentrée à BREST le 1/1/40.

Dans les premiers jours de janvier 40, le Jaguar est présent à l'embossage, en rade-abri de BREST où il a neigé. Le 13 janvier il est envoyé en renfort sur CHERBOURG et rentre à BREST le 15 pour aller au devant d'un convoi français provenant de CASABLANCA

Dans la nuit du 16 au 17 janvier à 04 h 28, en plein golfe de Gascogne à 50 milles du cap Silleiro, Le Jaguar est abordé par tribord, à hauteur de la tranche D (soute à mazout transversale av, poste des maîtres et des seconds maîtres, lavabos équipages), par le destroyer britannique HMS Keppel.

HMS KEPPEL

Au moment de l'abordage, un officier marinier tomba à la mer entre les deux bâtiments et fut sauvé par le Keppel, et deux hommes sautèrent sur le destroyer britannique.

Un officier marinier, le second maître canonnier Carval, le crane fracturé, avait été tué sur le coup, trois autres avaient des blessures sérieuses et de nombreux sous-officiers avaient des contusions et des écorchures sans gravité. (Albert, logé au poste des seconds-maîtres, aura une blessure au pied qui lui vaudra un passage de quelques jours à l'hôpital maritime).

Le Jaguar est gravement endommagé, l'étrave du Keppel ayant pénétré jusqu'à l'axe de la coque du contre-torpilleur, a 07 h 50, il fit route vers Brest escorté à partir de 12 h 00 par le " Bouclier ".

Le 18, le corps du second maître Carval fut immergé avec les honneurs réglementaires.

Il arriva le 19 en rade-abri à 13 h 30 ayant subi pendant presque toute la traversée une violente tempête de sud-est avec mer grosse. Il entre le 25 janvier au bassin n° 3 de l'arsenal.

Le Jaguar à BREST pour réparation

L'importance des avaries est manifeste. Il ne ressort de l'arsenal que le 1er mai, après réparation. Le samedi 4 il appareille, route à l'ouest pour sa deuxième et dernière rotation d'escorte de convoi vers GIBRALTAR

Rotation 2. OG 28 : 46 bâtiments. Séjour à GILBRALTAR du 10 au 12/5/40. HGF 30 : 43 bâtiments. Rentré à BREST le 18/5/40.(2)

Le Jaguar en mai 1940

Il faisait un temps magnifique et depuis plusieurs semaine nul sous-marin ne se montrait sur cette route du golfe de Gascogne. Le vendredi 10 mai au matin, le poste de T.S.F a annoncé " Ce matin à 4 H 00, les troupes allemandes ont envahi la Hollande, la Belgique et le Luxembourg (2)

- Mardi 14 mai, mer calme - Mercredi 15 mai, Cap Finistère, mer légèrement houleuse.

Dunkerque mai/juin 1940

Le Jaguar à BREST avant son départ pour sa dernière mission

L'offensive ennemie à l'ouest a commencé le 10 mai. Après 10 jours d'une avance fulgurante, les blindés allemands sont parvenus à la Manche et menacent précisément DUNKERQUE, CALAIS, BOULOGNE.

Le 21 mai, la 2e D.C.T. est mise à la disposition de l'Amiral-Nord.

Le 21 mai. A 13 h 00, l'équipage est rassemblé sur la plage arrière pour l'appel. Le Commandant vient alors leur annoncer le but de la prochaine mission. - Mes enfants, vous savez peut-être déjà pourquoi nous sommes ici. La division a reçu l'ordre de transporter dans les trois ports : Dunkerque Calais, Boulogne, le matériel et le personnel nécessaires pour une destruction éventuelles de ces ports si l'avance ennemie la rendait nécessaire. Vous ne vous étonnerez pas qu'étant chef de division et ayant confiance en vous, j'aie choisi pour le Jaguar le port le plus dangereux, c'est à dire Dunkerque. Nos seuls ennemis seront le sous-marin et l'avion. Le sous-marin, vous savez que nous ne le craignons pas… L'avion ! Des torpilleurs en ont descendu déjà. Nous ferons comme eux. Je compte sur vous, bonne chance, les enfants !

A 14 h 43 G.M.T le 21 mai le signal de l'appareillage est hissé et à 17 h00 la 2e D.C.T s'engouffrait à 25 nœuds dans le goulet de BREST route directe sur CHERBOURG par le chenal du Four. Calme plat.

A 1 h 00 du matin, le 22 mai, la division mouillait en grande rade de CHERBOURG, à proximité de la digue du Homet. Les trois contre-torpilleurs doivent acheminer chacun une équipe de démolition vers les principaux ports du nord. Il s'agit de préparer la mise hors d'usage des installations portuaires si l'avance ennemie l'imposait. Le Capitaine de frégate Adam, Chef de division et Commandant du Jaguar se réserve DUNKERQUE destination qu'il juge la plus dangereuse et désigne le Chacal pour CALAIS et Le Léopard pour BOULOGNE.

Les trois contre-torpilleurs embarquent dans la matinée le personnel et le matériel des équipes de démolition. Sur le Jaguar embarque le L.V Garnuchot avec une vingtaine de tonnes de grenades sous-marines, des amorces, des artifices de toutes sortes qui sont arrimés sur le pont. Il embarque deux fois plus de matériel et appareille le dernier à 15 H 30.

De CHERBOURG à DUNKERQUE la distance est d'environ 2OO milles. Parti à 27 nœuds Le Jaguar doubla Gris Nez à 23 h 40.

Un Junkers allemand a lancé une bombe qui a manqué son but puis il a remonté le bateau sur toute sa longueur en tirant de toutes ses armes. L'officier D.C.A Dodat et le quartier maître fourrier Herrou sont tués et une quinzaine de marins blessés au cours de cet engagement.

Le Jaguar a poursuivi sa route.

A 0 h 30 le jeudi 23 mai, il arrive en vue de DUNKERQUE. Des mines dérivantes défilent le long du bord, au loin l'incendie des réservoirs à mazout illumine le ciel. Il remonte le chenal ouest lorsqu'un veilleur signale - Torpille par bâbord ! il est attaqué par deux s-boot (vedette rapide) allemand, embusqué derrière les bouées ; La torpille, aperçue trop tard, ne peut être évitée par le Jaguar qui est peu manoeuvrant à 12 nœuds.

Une S-Boot. La flottille intervient contre Dunkerque depuis la base de Den Helder aux Pays- Bas

- D'après le journal d'opérations de la Marine allemande, la torpille avait été lancée par la vedette S 21 (Oberleutnan zur see Von Mirbach) ou S 23 (Oberleutnan zur see Christansen), informées de l'arrivée du Jaguar par le décriptement rapide et rapidement exploité, des messages chiffrés, émis par radio à Cherbourg, à Dunkerque, et par le Jaguar lui-même.

Elle fait but sur bâbord, sous la passerelle. Les tranche D et E noyées, (La soute à mazout transversale avant et la rue de chauffe n° 1 furent immédiatement envahies) le contre-torpilleur prend rapidement 10 à 15° de bande sur tribord, en piquant sur le nez.

Deux dragueurs auxiliaires de DUNKERQUE ( La Monique Camille AD.25 et Le Matelot AD.8) sont alors à proximité pour tenter le remorquage du Jaguar. La Monique Camille alerta par radio l'Amiral nord et sur ordre du Commandant tout l'équipage est transbordé sur La Monique Camille, à l'exception d'une vingtaine d'hommes et d'officiers mariniers qui resteront à bord avec les officiers.

Le Matelot tente, en vain, de remorquer Le Jaguar qui flotte toujours, les machines refusent tout service malgré les efforts des mécaniciens. Les aussières cassent à plusieurs reprises.

A 4 h 00 du matin, la bande atteignant 20°, le Commandant ordonne l'évacuation du bâtiment en raison du risque de chavirement.

Le Matelot accoste sur tribord ; les hommes embarquent, puis les officiers mariniers, ensuite les officiers par ordre inverse d'ancienneté. Le Matelot resta à proximité du Jaguar jusqu'à l'arrivée d'un remorqueur de Dunkerque.

Le Commandant Adam remonta à bord avec quelques hommes pour tourner l'aussière de remorque et le bâtiment fut conduit à la plage de Malo les bains à l'est de la jetée est où il s'échoua à marée basse. Le Capitaine de frégate Adam constate que son bâtiment n'est plus en état d'être remorqué jusqu'à DOUVRES ou CHERBOURG et que, rentré dans le port de DUNKERQUE, il risquerait d'y couler et de l'embouteiller. Le matériel de démolition est récupéré ainsi que, notamment, les mitrailleuses contre-avions. Le reste est détruit.

Le C.F Adam procéda lui-même à la destruction de la cabine de l'asdic.

L'épave du Jaguar sur la plage de Malo-les-bains

Le torpillage du Jaguar avait causé treize morts et vint-cinq blessés, les plus sérieux sont dirigés vers une clinique de Malo-les-bains, les blessés légers iront avec le reste de l'équipage à la caserne Ronarc'h, centre de la marine à DUNKERQUE. 150 valides y seront habillés et équipés. Albert sera de ceux la.

Au moment de leur passage au service habillement, au troisième étage de la caserne, une bombe tombe et détruit l'escalier.

Plan de DUNKERQUE en mai 1940

Dès le 23 après-midi un détachement de 33 hommes de la compagnie de débarquement, sous les ordres de l'E.V de réserve Dubuisson, sera transporté en camions à Gravelines pour servir à la protection rapprochée des batteries mobiles de 155 que la marine y expédiait.Le 27 mai ils seront repliés vers Mardyck.

La caserne Ronarc'h, édifiée sur le quai qui borde la darse de l'arrière-port, abrite différents services, des ateliers, et constitue une sorte de dépôt où affluent les équipages des différents bâtiments coulés .

Le 24, le C.F Adam est nommé commandant de la marine à Dunkerque. Les rescapés du Jaguar, cantonnés à la caserne Ronarc'h, sont sous les ordres du commandant en second, le capitaine de corvette Micheau.

Pour une centaine d'homme les corvées se succédaient sans relâche. Il s'agissait surtout d'aider au déchargement des bateaux de munitions, corvées pénibles et dangereuses.

Le 26, Albert et François feront partie de l'équipe chargée de garder trois ou quatre cents prisonniers allemands sur le cargo Saint Octave échoué non loin de la Caserne dans la darse de la marine. Le commandement sera assuré par l'enseigne de vaisseau de 2ème classe Emeury, pour quarante-huit heures, en attendant l'arrivée des gardes mobiles. Les prisonniers seront évacués par le chalutier Patrie et l'Emile Deschamps le 3 juin.

 

Vue du port de Dunkerque après l'évacuation. Au premier plan le Saint Octave

Le commandant Micheau se rendit compte très vite qu'il fallait faire quelque chose pour les tirer de cette ambiance un peu déprimante de la caserne Ronarc'h où ils se sentaient noyés dans une masse d'hommes de toutes provenances… rescapés pour la plupart. Il demanda et obtint l'autorisation de regrouper tout son monde pour constituer de petits groupes de combat auxquels on promettait une utilisation très prochaine. Une reconnaissance fût effectuée pour rechercher des caves qui serviraient d'abris et de cantonnement.

L'opération " Dynamo " l'évacuation massive fut déclenchée le 26 mai à 18 h 59 par les anglais.

Le 27, à 7 h 00 du matin, alors que l'alerte sonne, le détachement du Jaguar est rassemblé pour rejoindre les abris repérés la veille à la limite de la basse ville (rue de Soubise). Le bombardement se poursuivra jusqu'à 9 h 00 du soir, par rafales de trente à quarante bombardiers se succédant tous les quarts d'heure. Il a été estimé à 15000 le nombre de bombes de rupture de tout calibre qui furent lancées sur Dunkerque ce jour là, et celui des bombes incendiaires est impossible à estimer. Ce bombardement à particulièrement visé la raffinerie, le centre et le nord de la ville et les réservoirs qui bordent les installations portuaires. La ville ne fut plus qu'un immense brasier. 1000 civils trouvent ainsi la mort. L'équipage du Jaguar, chassé de leurs abris par les incendies fut diriger de nuit vers Mardyck puis vers l'ouvrage ouest, vaste enceinte retranchée derrière ses douves, en bordure de la mer à 3 km à l'ouest du port. L'ouvrage ouest , depuis le 24 mai, était commandé par le L.V Milliau, il servait de dépôt de munitions pour toutes les batteries et les services de Dunkerque. Son effectif passa, le 30 mai, de 175 à plus de 700 hommes en raison du repli du personnel des casernes Ronarc'h et Jeanne d'Arc et de bâtiments coulés (Jaguar, Marguerite-Rose, Chasseur 9, etc.)

Après avoir assuré la garde des prisonniers allemands Albert, François et cinq autres marins se sont trouvés isolés des autres, ils utiliseront un véhicule abandonné par les anglais, il y en avait tout un lot dans le parc de la marine, pour se mettre à l'abri dans une villa du côté de Malo les bains.

Le 29 au matin ils furent alertés par du bruit venant de l'extérieur, ils ont pensé à l'arrivée des allemands. Heureusement pour eux, ce n'était qu'un cochon égaré qui cherchait sa pitance, ne sachant qu'en faire ils l'envoyèrent à l'hôpital de Malo les bains pour améliorer l'ordinaire et le leur par la même occasion.

Le 30 mai, le C.C Micheau , qui avait pris le commandement des divers éléments de la Marine repliés à l'ouvrage ouest, fit constitués un corps franc avec le personnel du détachement de Boulogne, du Jaguar, (L.V de la Porte des Vaux). Les sections furent formées en groupes de combat armés de fusils-mitrailleurs et chargés de la protection du fort.

Au matin, au moment de l'appel, Albert, François et leurs cinq camarades ont fini par retrouver l'équipage du Jaguar mais pour peu de temps. Un ordre du commandant Adam était arrivé pour évacuer par la Bourrasque les blessés légers et les hommes des spécialités qui ne pouvaient rendre aucun service. Au total, une trentaine d'hommes seront désignés. Ils embarqueront dans un camion bâché en direction du port.

Ce même jour à 9 H 30, la Bourrasque torpilleur de 1500 tonnes appareille avec le Bouclier et le Branlebas de DOUVRES pour DUNKERQUE. Ils rallient DUNKERQUE par la route " Y " et accoste à 14 h 15 au quai Félix Faure, en pleine alerte D.C.A.

La Bourrasque

Le quai Félix Faure

Une foule de soldats, de marins et de civils se pressaient sur le quai. Le Bouclier embarqua sept cent soixante-sept soldats qu'il ramena à Douvres dans la soirée sans incident. Les marins du jaguar embarqueront sur la Bourrasque qui avait hérité de 7 à 800 hommes, l'embarquement commença dès l'accostage dans un certain désordre. Le Capitaine de frégate STICCA, de l'état-major de l'Amiral Nord, déclara au Commandant FOUQUE qu'il était impossible, vu l'urgence, de suivre les plans d'embarquement, et lui demanda de " prendre le plus de monde possible pour DOUVRES ". Jugeant le chargement suffisant, le commandant de la Bourrasque ordonna de déborder, mais il réaccosta, sur l'insistance du commandant STICCA pour prendre encore un complément de passagers.

A 15 h 25 il appareilla avec cinq à six cents passagers qu'il était matériellement impossible de dénombrer et qu'on s'efforça de faire descendre dans les postes et coursives pour ne pas compromettre la stabilité.

Albert et François restèrent sur le pont à l'arrière de la troisième cheminée.

Les torpilleurs repartirent par le même chemin, dans l'ignorance du chenal milieu. En se présentant devant la passe, la Bourrasque fut canonnée par la batterie qui l'avait déjà attaquée à l'aller et ses coups tombèrent d'abord assez loin.

Vers 16 h 30 arrivé à portée de Nieuport le capitaine de frégate Fouqué mis alors à 28 nœuds pour rester le moins possible dans le champ de tir ennemi. Malheureusement un incident de chauffe fit tomber presque aussitôt la vitesse à 15 nœuds , juste au moment où se déclenchait le tir allemand, d'abord sous forme de salves longues et espacées, puis avec des gerbes de plus en plus rapprochées. Les machines avaient pu remonter à 25 nœuds, mais pour dérouter davantage les pointeurs ennemis dont le tir était maintenant encadrant, le commandant Fouqué vint légèrement sur la gauche.

A 16 h 45, un choc violent ébranlait le navire qui se trouvait alors à environ cinq milles au nord de la bouée de Nieuport. De la passerelle, on vit une fumée grise et noire s'élever au-dessus du pont à bâbord, par le travers de la plate-forme des tubes lances-torpilles arrière…suivie d'un très fort dégagement de vapeur. Le bâtiment stoppa et les soupapes de sûreté crachèrent. La mer pénétra dans l'arrière, au niveau des logements, mais, apparemment pas très vite, et le commandant Fouqué conserva l'espoir que son bâtiment allait tenir…ou, au moins, ne s'enfoncer que lentement…en restant droit. Le Branlebas fut alerté par signaux à bras. Les grenades furent mises sur la position sécurité et les documents secrets préparés pour immersion. Mais un début de panique s'empara de la foule incontrôlable entassée dans tout le navire, ceux des postes se bousculant pour gagner le pont et beaucoup de ceux des ponts se jetant à l'eau ou dans les embarcations qu'ils empêchèrent de mettre à la mer.

Albert et François se sont déshabillés pour se jeter à l'eau en conseillant aux autres d'en faire autant mais la plupart conservèrent leur uniforme et même pour certains leur casque. Au bout de quelques minutes on se rendit compte, de la passerelle, que l'arrière s'enfonçait. On fit masser les troupes sur l'avant pour rétablir l'équilibre. C'est le sauve qui peut, beaucoup sautent à la mer, d'autres en grappes s'accrochent aux filières de la rambarde tribord désormais en surplomb. Ils y restent, au risque de choir sur la coque et se tuer en tombant. Le torpilleur se mis à osciller d'un bord à l'autre, parut vouloir se coucher sur tribord, puis finalement chavira doucement sur bâbord, projetant tous ses occupants à la mer, moins d'un quart d'heure après l'accident.

Naufrage de La Bourrasque

Le Commandant Fouqué accroché à la passerelle, au garde à vous, salue au moment où son navire s'engloutit sous ses pieds. L'étrave continua à rester hors de l'eau et une violente explosion interne secoua le navire une demi-heure plus tard. Le sauvetage des hommes qui surnageaient fut effectué par le Branlebas, déjà chargé d'environ trois cents passagers, qui recueillit une centaine de naufragés.

Le torpilleur Branlebas

Rescapés recueillis par le Branlebas.

Chalutier UT Prosim

D'autres furent repêchés par les chalutiers anglais U.T Prosim et Yorkshire Lass, dont deux cent cinquante par le premier, parmi lesquels soixante-cinq hommes de l'équipage de la Bourrasque. Seize officiers-mariniers quartier-maîtres et matelots de cette dernière sont tués ou disparus. Parmi les passagers, le chiffre des pertes - certainement très élevé - n'a jamais pu être estimé avec précision en raison des conditions dans lesquelles s'était effectué leur embarquement.

Une quinzaine du " Jaguar " devait y laisser leur vie. Le Branlebas a effectué le sauvetage des survivants jusqu'à 18 h 52, il repris la route de Douvres où il arriva à 22 h 22, avec 520 passagers. Ce n'est qu'à 01 h 15 qu'il est autorisé à rentrer au port tant les quais sont encombrés. Accosté au quai ouest , les passagers débarquent, écrasés de fatigue et affamés.

Albert fut repêché par le Branlebas, François par un des deux chalutiers anglais. Ils se sont perdus de vue au moment du naufrage et ne se retrouveront sain et sauf qu'à Cherbourg quelques jours plus tard.

Les rescapés seront dirigés vers l'hôpital de Bath. Le comandant Fouqué tomba à la mer quand son navire chavira. Il rejoignit à la nage un groupe de naufragés et fut embarqué de force malgré ses protestations. Mine? Obus ? La question n'a jamais était parfaitement tranchée. En faveur de l'obus, il y a évidemment le fait que les artilleurs allemands venaient d'obtenir l'encadrement et qu'un impact était fort possible. Contre cette hypothèse, le fait qu'il est peu vraisemblable qu'un torpilleur de 1500 t ait pu couler aussi rapidement du fait d'un seul obus de calibre 150 au grand maximum, et en dehors d'une explosion dans les soutes. En outre l'importance de certains dégâts, tel que l'affaissement de l'affût lance-torpilles milieu, fait davantage penser à une mine. La Bourrasque a coulé en 8 minutes d'après les heures données par le C.F Fouqué. En 28 minutes d'après celles du Branlebas.

Les 40 hommes du Jaguar détachés à la protection de la 2e batterie de 155 furent évacués dans la nuit du 3 au 4 par le patrouilleur Patrie qui les ramena sains et saufs en Angleterre. Le capitaine de Corvette Micheau fut aussi évacué cette nuit là avec les 80 hommes restant du Jaguar par L'Emile Deschamps qui quitta DUNKERQUE entre 21 h 30 et 22 h 00. Il sautera sur une mine le mardi 4 juin à 6 h 00 devant North Foreland, à six milles environ de MARGATE. Sur quatre à cinq cents hommes embarqués à Dunkerque, il n'y avait pas cent rescapés. Le commandant Micheau avait disparu, son corps fut retrouvé quelques semaines plus tard à la côte hollandaises. C'étaient le dernier bateau coulé, les dernières victimes de l'évacuation.

Le War Office avait admirablement organisé le rapatriement rapide des forces alliées débarquées en Angleterre. Tandis que les soldats britanniques étaient dirigés sans délai sur leurs centres de regroupement, principalement vers le Nord du Royaume-Uni, les français devaient être concentrés sur la côte Sud en vue de leur embarquement pour la France. A la gare maritime de Douvres stationnaient en permanence quatre trains qui partaient aussitôt remplis, soit vers les ports de réembarquement, Southampton, Weymouth, Plymouth… soit vers un camp de regroupement situé à Tildworth dans l'Angleterre méridionale. Les naufragés passaient d'abord par les différents postes de secours où ils étaient réconfortés, réchauffés et rhabillés, la plupart avec des uniformes de l'armée anglaise, d'autres avec des costumes d'emprunt, quelquefois assez fantaisistes. Les blessés ne séjournaient que le temps minimum dans les hôpitaux de la côte où l'on ne conservait que les gens vraiment intransportables, pour expédier les autres chaque soir vers les hôpitaux du comté de Kent. Les séjours outre-manche durèrent suivant les cas, de quelques heures à quelques jours. Il avait été prévu Cherbourg comme port de débarquement normal. Mais en raison des difficultés d'évacuation ferroviaire du personnel débarqué, on n'y accueillit dans l'ensemble que les transports britanniques et les transports français, après le premier convoi, furent tous dirigés sur Brest.

L'amiral Cadart qui dirigeait les opérations reçu l'ordre d'envoyer ses croiseurs-auxiliaires à Plymouth et Southampton. Initialement le rapatriement était prévu sur Cherbourg et, en cas de débit insuffisant de ce port, sur Brest. En fait, seul le premier convoi fut acheminé sur cherbourg, il était composé des Ville d'Alger, Ville d'Oran, El Djézaïr, El Mansour et El Kantara, parti de Plymouth le 1er juin il se présenta le 2 devant Cherbourg et les suivants sur Brest du 3 au 9 juin, soit un total de 42056 à Cherbourg et 52669 à Brest.(1)

Albert rapatrié dans les premiers transita par Cherbourg. Il y retrouve François Scornet qui le croyait disparu. Du côté français, l'accueil des autorités militaires ne fut pas aussi chaleureux que du côté brittanique (7). Ils ne resteront pas longtemps à Cherbourg et c'est à bord du charbonnier Dalila de l'U.I.M qui regagneront Brest. Ils feront le voyage dans la cale, la tenue blanche que François avait hérité des anglais ne resta pas longtemps immaculée.

s/s Dalila

Au 2ème dépôt, ils furent de nouveau habillés de neuf et retrouvèrent une allure militaire après être passés chez un coiffeur de la rue Louis Pasteur. Apprenant qu'ils revenaient de Dunkerque celui-ci les coiffa et les rasa gratis. Il leur sera accordé quinze jours de permission. Du 6 au 21 juin. (2) Par manque de place, ils feront le trajet de Morlaix à Plougasnou sur la galerie du car Merer. Madame Merer leur réclamera le montant du voyage qu'ils ne paieront pas.

Le 16 juin, le Maréchal PETAIN demande aux français de " cesser le combat "

Le 18 juin, de LONDRES, le Général DE GAULLE lance son appel à la radio

Pour écouter l'Appel

Ce même jour, les allemands sont à Rennes et se dirigent sur Brest ou ils entreront le 19 à partir de 21h30. Entre temps l'évacuation de tous les bâtiments de guerre, de commerce et le personnel militaire avait été ordonnée.

Devant la situation, Albert a demandé des instructions à l'inscription maritime de Morlaix où il lui a été conseillé de ne pas se rendre à Brest. Le 1er juillet il sera démobilisé. Il a bien fait de suivre ce conseil certains ont été faits prisonniers en allant se faire démobiliser.(7)

Le 8 août, il embarque comme matelot sur la Sainte Anne à la petite pêche jusqu'au 31. Ensuite, il embarque avec son père Laurent sur Le Berceau des Flots du 1er septembre 1940 au 17 décembre 1944 . Le S.T.O est décrété en janvier 1943 mais les enfants d'agriculteurs et les inscrits maritime en sont exemptés.

François Scornet sera employé à la D.P sur le remorqueur Tibidy chargé de la mise en place du filet de protection du port de Brest. Avec l'arrivée des croiseurs allemands en mars 1941, les bombardements sur le port militaire s'intensifient, François décide de quitter la DP.

Albert est rappelé à l'activité le 16 janvier 1945 pour finir son service militaire et sera affecté au service des médecins et chirurgiens de l'hôpital militaire installé à LANDERNEAU. Il sera renvoyé dans ses foyers le 23 septembre 1945.

Le Tibidy au départ de la Jeanne D'Arc en 1953

Chronologie

- 23 mai 1940 naufrage du Jaguar.

- du 23 au 28 mai Marine Dunkerque.

- Du 28 mai au 1 juin 1er dépôt.- Ouvrage ouest, évacuation par La Bourrasque, naufrage et retour à Brest par Cherbourg.

- Début juin au 1er août 2ème dépôt à Brest.

- Ensuite il est embarqué à Plougasnou pour la petite pêche sur le Ste Anne et le Berceau des flots avec son père Laurent jusqu'à la fin de la guerre.

Croix du Combattant
Médaille commémorative Dunkerque 1940

 

Albert Jégou porte drapeau de la section " Flandres-Dunkerque " du Havre
Inscription de la plaque du monument de l'arsenal de Brest "

 

Plaques commémorative à Dunkerque
Plaque commémorative du torpilleur Bourrasque à Bray-Dunes
Stèle Marine-Dunkerque

 

Les 7O ans de l'opération Dynamo 1940/2010

Le quai Félix FAURE aujourd'hui

Le bassin de l'arrière port face au parc de la Marine a été en partie comblé mais le quai où le Saint Octave était accosté (à la place des vedettes) est toujours là.

Les little ships étaient présents

Dépôt d'une gerbe à la stèle "Marine-Dukerque" par la Fédération Nationale du Mérite Maritime

Documentation annexe

Liste de l'équipage du Jaguar

Navires de commerce cités:

Saint Octave. Cargo, vapeur. Société Navale de l'Ouest. Construit à Dunkerque par Ateliers et chantiers de France en 1922. Francisation : 19 avril 1922. Indicatif : FPAM Port d'attache Dunkerque. Navigation : Long cours, A.O.F Jauge brute :5099,05 Tx. Longueur :107,55 m . Largeur : 16,03 m. Creux : 8,76 m. Tirant d'eau : 7,76 m. Vitesse : 13 nœuds. 5 panneaux de charge. Effectif : 36 , 4 passagers, 500 chevaux. Sabordé dans l'arrière port de Dunkerque le 3 juin 1940

Dalila. Cargo charbonnier, vapeur U.I.M Union Industrielle et Maritime. Société Français d'Armement. Construit à Caen Blainville par Chantier naval français en 1923 pour la Compagnie Africaine d'Armement. Francisation :1er décembre 1923. Indicatif :FNGF Port d'attache : Rouen. Navigation : Long cours, A.O.F Jauge brute :3175 Tx. Longueur :95,58 m . Largeur : 13,99 m. Creux : 6,25 m. Tirant d'eau : 6,10 m. Vitesse : 9 nœuds. 4 panneaux de charge. Effectif : 26. Appartenait à la flottille du Pas de Calais. Il approvisionnait et ravitaillait à l'aller et évacuait au retour les forces alliés basées à Dunkerque. Sabordé à l'arsenal de Cherbourg, le 18 juin 1940. Renfloué par les allemands en 1941, coulé en opérations pour le compte de l'ennemi, torpillé le 12 mars 1943 par des vedettes britanniques au large de Gravelines.

Tibidy. Remorqueur portuaire. Arsenal de Brest. Construit en 1938 Jauge brute : 50 Tx. Puissance : 120 cv Coulé à quai face à la meunerie, renfloué par la direction du port de Brest le 26 février 1945 Retiré du service : le 15 mai 1962. Démoli en 1964.

Archives et sources

Les photos proviennent de collections particulières (ex. photographies Marine-Dunkerque de Monsieur Yves Le Quellec matelot fourrier torpilleur l'Adroit), photographies récentes prises à Dunkerque D. JEGOU. Carte postale "torpilleur Jaguar" collection personnelle.

Les plans du Jaguar (SHD)

Différentes recherches SHD Brest

-1. Les forces maritimes du nord. 1939-1940 .titre deuxième. Service historique de la marine. Cote BR-D0242/002

-2. Relevé de navigation et livret de solde marine nationale.

-5. Manuel de recrues des équipage de la flotte. 1938.

-6. Manuel du maître d'hôtel (1958)

-7 Témoignage recueilli auprès de Olivier Boscher Q-M du Siroco. Il avait rejoint Brest le 19 juin et fut fait prisonnier avec Jean Milin Q-M chef chauffeur par les allemands. Conduits de Recouvrance vers le Château, ils profiteront du peu de garde pour s'échapper au coin d'une rue.

Bibliographie

 

Amicale des anciens de Marine Dunkerque

Livre d'or imprimé en 1975 pour le trente-cinquième anniversaire. Sont cités dans ses pages tous les adhérents depuis la création de l'amicale en 1945.

Les noms des marins y figurent ainsi que leur grade, leur spécialité et le nom des batiments sur lesquels ils ont servis.

L'amicale des anciens de Marine Dunkerque a été dissoute en juin 2000, les drapeaux des sections ont été remis à la ville de Dunkerque

Chrroniques d'un port en guerre

Dunkerque 1938/1945

Disponible au Musée portuaire de Dunkerque au prix de 27€ avec DVD

Les C. T de 2400 tonnes du type Jaguar

Jean Lassaque

MARINES édition

 

Hervé CRAS

DUNKERQUE

Editions France Empire

JAGUAR-CHACAL -LEOPARD

SEQUANA Editeur

 

Maurice GUIERRE

MARINE DUNKERQUE

Flammarion

 

Prosper TEXIER

Récit d'un timonier breton

1939 - 1940

 

Spécial Dunkerque

350000 hommes à la mer

MARINES- Hors série n°4

L'évacuation de Dunkerque

Marines Magazine - n°11

Les cambats de mai/juin 1940

MARINES Guerre -Commerce n°17

La marine française à Dunkerque

MARINES Guerre -Commerce n°18

La marine française à Dunkerque

 

 

 

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