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Premier embarquement

Le premier embarquement est un moment important dans la vie d'un marin. Selon l'époque, le genre de navigation, le type de navire, il peut être plus ou moins dur.

Exemple: La vie du mousse était bien différente sur un canot non ponté en 1932, armé à la petite pêche dans le Golfe du Morbihan que celle du mousse de sonnerie en 1959 sur un transatlantique.

Cette page est destinée à ceux qui se souviennent de leur premier embarquement (ou des autres), de mousse à commandant

 

Mon premier embarquement

Commandant Alain LE ROUX

C'est le lundi 7 juillet 1952 que je reçus mon premier livret professionnel maritime annoté Livret provisoire d'embarquement des pilotins. J'avais 14 ans et demi.

Le 11 juillet 1952, j'ai pris le train de Paris en compagnie de mon père qui embarquait à Dieppe en qualité de Commandant à bord du bananier Fort Richepanse de la Cie Gle Transatlantique. le Fort Richepanse était accosté sous les norias (1). Lancé à Glasgow en 1949, ce navire avait une longueur de 122,50 mètres et une largeur de 15,93 mètres. Il avait un port en lourd de 4100 tonnes et pouvait embarquer 12 passagers. Les emménagements étaient d'un remarquable confort, certains étaient même luxueux: locaux passagers, commandant et chefs de services.

Le bananier Fort Richepanse

Notre sortie du samedi après-midi dans la ville de Dieppe eut pour but de m'habiller en marin: chemise kaki, pull-over et pantalon bleu marine à pan type Marine Nationale. J'ai passé ensuite ma première visite médicale d'embarquement auprès du médecin agréé par la Marine Marchande.

Après complet déchargement des bananes, il fut procédé au balayage des cales par les dockers avant que mon père ne dirigea la manoeuvre de traversée du Bassin du canada pour charger des emballages: bottes de paille, rouleaux de papier et colis de pelotes de ficelle qui serviront aux Antilles Françaises pour le conditionnement des régimes de bananes.

Nous avons appareillé de Dieppe à la marée du lundi 14 juillet 1952 après avoir embarqué 7 passagers. Dès mes premières heures en mer, je sentis que je ne serai pas victime du mal de mer, car je supportais très bien les mouvements de tangage du bananier.

La première traversée fut agrémentée par le passage à travers le Canal de Fayal aux Açores, ce qui fut une distraction pour nos passagers. Une tradition voulait que le maître d'équipage ou bosco prépare un fût étanche repéré par une bouée de couleur orange; on y enferme le courrier préparé par l'équipage et les passagers. Le Commandant y glisse une bouteille de cognac et quelques cartouches de cigarettes.

Je doublais le quart du Second Capitaine le matin de 08h00 à 12h00 et de 17h00 0 19h00, quarts au cours desquels je prenais la barre pendant une heure. J'avais appris à piquer les heures à l'aide de la cloche disposée sur le fronton et reliée à une ficelle qui était à portée de l'homme de barre. En début d'après-midi, je rejoignais le bureau du Commandant où mon père m'attablait pour me faire faire mes devoirs de vacances.

Je mangeais le midi et le soir dans la salle à manger des passagers située en fronton. J'étais le quatrième convive à la table du Commandant où je retrouvais le Chef Mécanicien et le Second Capitaine. Je rejoignais les officiers autour de la table du carré le dimanche midi où était servi un vin de précision payé par les pénalités dues par les ofiiciers en fonction des taches de vin occasionnées sur la nappe blanche.

Dès l'entrée dans les mers chaudes, nous pouvions observer les poissons volants ou exocets ainsi que des argonautes que l'on appelle aussi " pinnes à voile". C'est aussi l'entrée dans la Mer des Sargasses; nous traversions de grandes nappes de ces algues que l'on appelle "raisins de mer". Pour la distraction des passagers, mon père fit organiser un Baptême des tropiques. J'y reçu mon premier baptême qui ne sera pas le dernier, car mousses ou pilotins n'avaient jamais le droit au fameux diplôme qui était réservé aux passagers.

Après avoir atterri sur l'îlet La Perle au nord de la Martinique, nous avons doublé le Cap Enragé et la pointe des Nègres à l'entrée de la Baie de Fort de France. le pilote, le Martiniquais Monsieur Joseph a embarqué près de la bouée Mitan. Il était coiffé du casque colonial. J'ai assisté à l'accostage sur la passerelle d'où j'ai aperçu la Savane, la statue de l'impératrice Joséphine et le Fort Saint Louis.

A notre approche du quai, j'ai découvert la foule multicolore des dockers qui attendaient la fin des formalités administratives et le signal du contremaître pour monter à l'assaut du bananier.

Il y avait à quai de très vieux cargos: Alabama et San José qui marchaient à la vapeur. Le caboteur Trois Ilets était accosté devant un tas de charbon qui constituait sa réserve en soutes; en effet celui-ci charbonnait à chaque rotation à travers les îles. Les hommes remplissaient des mannes en osier qui étaient transportées sur la tête par des femmes jusqu'à la trappe de chargement.

Après complet déchargement des emballages et balayage des cales et, avant mise en préréfrigération de celles-ci, les parcs à bananes étaient montés dans les cales; ces parcs avaient pour but d'éviter l'écrasement des régimes de bananes.

En début d'après-midi, j'ai assisté au déhalage du Fort Richepanse du Quai des Transatlantiques au Quai des Annexes.

Pendant les opérations commerciales, je suis sorti dans la ville de Fort de France en compagnie de mon père. Nous avons visité la ville: la Savane, les halles, les bords de la Rivière Madame. Nous avons ensuite rendu visite à de bons amis de mon père dont un importateur qui nous reçut dans sa grande propriété coloniale. Nous accédions à sa propriété par la Route de la Trace qui était bordée d'une végétation luxuriante: balisiers, fougères arborescentes, bananiers sauvages, etc... Chez lui, je découvris les orchidées dont il était un passionné; il les faisait pousser sur des troncs de calebassiers. Il nous offrit mon premier punch fait d'un excellent rhum "grappe blanche".

Le lendemain, nous avons rendu visite à une famille amie de mes parents et co-propriétaire de la Fontaine Didier.. Nous avons passé une agréable soirée en pleine nature tropicale. Le repas antillais fut précédé du traditionnel punch. Celui-ci fut agrémenté par les feux des très nombreuses lucioles et le chant d'une grande quantité de grenouilles. De temps en temps, un lézard curieux s'approchait pour venir chasser des moustiques.

Pendant la journée, le navire chargeait les régimes de bananes. Des régimes de chaque lots étaient prélevés pour vérification de la qualité des fruits.Les femmes dockers portaient sur la tête les régimes de bananes qui étaient pris en charge par les dockers au pied des échaffaudages. Ceux-ci descendaient ensuite en cale à l'aide de glissières en bois. Le chargement se faisait par les panneaux de cale et les portelones ouvertes sur la coque. Au fur et à mesure que les tranches se remplissaient, le Lieutenant vérifiait les clapets et louves et le Second Mécanicien effectuait la mise en froid. Le navire était équipé d'une ventilation horizontale comme c'était le cas à l'époque.

Après complet chargement des 992 tonnes de régimes de bananes, condamnation des panneaux de cales et mise en froid du chargement, nous avons appareillé à destination de Dieppe le mercredi 30 juillet 1952. C'est à nouveau le chef pilote Monsieur Joseph qui a sorti le Fort Richepanse.

Lorsque nous avons quitté la Côte -sous-le-Vent de la Martinique, nous avons commencé à tanguer. Les alizés étaient frais et le tangage freinait le navire. Nous avons pris la route habituelle de retour vers la France qui était l'orthodromie sur les casquets. Celle-ci faisait passer entre les îles des açores du Nord: Corvo et Florès. Cette traversée retour étant beaucoup moins confortable que la loxodromie de l'aller vers les Antilles. Nous montions rapidement en latitude et, chaque jour, les températures de l'air et de la mer descendaient.

Pendant cette traversée de retour, nous avons eu un beau temps relatif jusqu'aux Açores, puis du mauvais temps des Açores à Dieppe. Tous les après-midi, je participais à la ronde dans les cales en compagnie du bosco et du charpentier de façon à sortir les régimes mûrs qui auraient contaminé le reste du chargement.

Arrivés devant Dieppe dans la nuit du vendredi 8 au 9 août 1952, nous avons dû prendre le mouillage pour attendre la marée. Vers 06h30, la vedette du pilotage a déposé notre pilote à bord. Après être passé entre les jetées, nous avons pris deux remorqueurs et avons traversé l'avant-port, franchi les deux pertuis au passage desquels il ne restait que la place du ballon de chanvre qui protégeait la coque. Nous avons accosté sous les norias dans le Bassin du Canada, la même où j'avais embarqué à la mi-juillet.

J'ai ensuite effectué un deuxième voyage identique à celui que je viens de relater.

A. LE ROUX

Fort Dauphin et Fort Richelieu - 2 sister-ships dans le Bassin du Canada à Dieppe

-1 Machines à godets qui servaient au déchargement des régimes de bananes

Voir l'historique du Fort Richepanse

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